Il le vit et fut saisi de compassion

Retrouvez l’homélie du dimanche 14 juillet, par le père Nathanaël

 

En méditant cet évangile du bon samaritain, je ne peux pas m’empêcher de penser au drame que l’on a vécu cette semaine qui personnellement me touche beaucoup. Je veux parler de cette mise à mort de Vincent Lambert qui a été décidée par une équipe médicale et validée par la justice de notre pays.

Dans l’Évangile de ce dimanche 14 juillet, dans cette parabole que Jésus nous raconte aujourd’hui, il y a cet homme qui est dans le fossé. Et puis il y a un prêtre qui passe, qui voit et qui passe son chemin. Et puis il y a un lévite qui voit aussi cet homme et qui passe son chemin. Et puis il y a un samaritain qui “voit”, dit l’évangile, et qui est “saisi de compassion”.

Alors je crois que nous sommes appelés à voir cet homme et a être saisis de compassion nous aussi. On a beaucoup parler de compassion ces derniers mois, mais bien souvent d’une compassion qui conduit à la mort, qui conduit a donner la mort. En fait cette compassion là, c’est une compassion pervertie, une compassion diabolique. Par compassion on ne donne pas la mort !

Hitler lui-même dans son programme a voulu supprimer toutes les personnes handicapées sous le titre de “mort miséricordieuse”. Il n’y a pas de mort miséricordieuse ! La compassion donne la vie ! La compassion conduit à prendre soin de la personne, comme ce bon samaritain qui voit cet homme dans le fossé, qui “arrive près de lui” dit l’évangile, qui “s’approche”, qui “panse ses blessures”, qui “le charge sur sa monture”, qui “le conduit dans l’auberge” et qui “prend soin de lui”. La compassion conduit à prendre soin de l’autre.

Vincent Lambert n’était pas en fin de vie, mais on l’a mis en fin de vie en le privant des soins élémentaires que sont l’alimentation et l’hydratation. Il ne subissait pas un acharnement thérapeutique (obstination déraisonnable), car la seule chose dont il bénéficiait c’est de soins, c’est à dire qu’on lui donnait simplement à boire et à manger comme nous le faisons pour toute personne qui ne peut le faire par elle-même (nourrisson, petit enfant, personne âgée…). Il n’était pas “branché” comme on l’a entendu, il n’était pas maintenu artificiellement en vie.

Vincent Lambert n’était pas un “légume”. De nos jours, dans notre société, nous traitons mieux les animaux que les êtres humains. On traite mieux les chiens et les chats qu’une personne humaine qu’on ose appeler un “légume”. C’est la culture du déchet dont parle le pape François qui réduit la personne humaine à un “déchet”, si elle n’est pas rentable, si elle n’entre pas dans les critères de la société de consommation.

Vincent Lambert était une personne humaine et donc sa vie est sacrée, comme la vie de toute personne humaine sur cette terre est sacrée, quelque soit son état. “Tu ne tueras pas” : Voilà un des commandements fondamentaux de Dieu. Dans la première lecture Dieu nous rappelle par l’intermédiaire de Moïse : “Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi et reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme”.

Nous ne devons pas être dupes. Evidemment cette histoire terrible, ce déchirement familial, a été totalement instrumentalisé depuis le début afin de promouvoir l’euthanasie. Il n’y a cas considérer les commentaires qui se font jour depuis la mort de Vincent Lambert. Je ne citerai que la réaction d’une loge maçonnique : ” Le drame de Vincent Lambert nous créé collectivement l’obligation de faire évoluer notre droit pour permettre enfin le libre choix de la fin de vie” sous entendu, le libre choix de pouvoir demander la mort et de pouvoir la donner. Et c’est soi-disant de la compassion. Mais ce n’est pas de la compassion ! Compatir, comme son étymologie l’indique, signifie “souffrir avec”. Or là il ne s’agit pas de souffrir avec mais de supprimer la souffrance, et non seulement de supprimer la souffrance mais de supprimer celui qui souffre.

On promeut aussi l’euthanasie sous couvert d’une soit disant “mort dans la dignité”. Je voudrais simplement citer ce que dit le cardinal Sarah : “A la fin du chemin sur la terre, les hommes n’ont pas besoin d’une seringue froide qui vienne donner la mort. Ils ont besoin d’une main compatissante et aimante. Mourir dans la dignité c’est mourir aimé, tout le reste est mensonge”. Ce qui fait que la vie est digne d’être vécue c’est l’amour qui l’entoure. Le bonheur de l’homme n’est pas l’absence de souffrance (l’absence de souffrance c’est le bien être) car dans toute vie humaine il y a de la souffrance. Mais le bonheur de l’homme réside dans le fait d’aimer et d’être aimé.

Avant d’entrer au séminaire j’ai passé deux ans dans une communauté de l’Arche de Jean Vanier. J’ai vécu deux ans avec des personnes porteuses de handicap mental, parfois lourdement handicapées. Je peux attester que ce qui fait la dignité d’une personne c’est sa capacité d’aimer et d’être aimée et que toute personne est capable de cela, quelque soit son état et sa différence.

Le bon samaritain a la vraie compassion pour cet homme : il prend soin de lui. La compassion n’est pas une simple émotion mais elle se traduit par un acte concret : prendre soin. Aimer c’est prendre soin, compatir c’est prendre soin.

Alors frères et sœurs de qui devenons-nous nous faire le prochain ? Particulièrement de ceux à qui notre société malade refuse la possibilité de vivre, de ceux à qui elle refuse la dignité de personne humaine dont la vie est sacrée : l’enfant à naître, l’embryon dans le sein de sa mère, la personne handicapée que l’on préfère éliminer car sa différence et son état nous dérangent, la personne âgée qui perd ses facultés (et cela nous arrivera peut-être à nous aussi), et tous ceux que demain notre société désignera comme “tas de cellules”, “déchet”, “légume”…

Le saint pape Jean-Paul II était prophète lorsqu’il affirmait que nos sociétés occidentales ont choisi la culture de la mort. Nous devons, nous chrétiens, bâtir une autre culture : la culture de la vie !

Je voudrais reprendre en ce sens la réaction du pape François à la mort de Vincent Lambert : “Que Dieu le Père accueille dans ses bras Vincent Lambert. Ne construisons pas une civilisation qui élimine les personnes dont nous considérons que la vie n’est plus digne d’être vécue : chaque vie à de a valeur, toujours”.

Le légiste pose à Jésus la question : “Qui est mon prochain?”, comme si on pouvait choisir le prochain à aimer, avec la possibilité de refuser ceux qui ne seraient pas dignes d’être aimés. Alors Jésus retourne la question : “lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?”. L’enjeu n’est pas de savoir qui est notre prochain mais d’être capable de se faire le prochain de tout homme.

Le véritable bon samaritain c’est Jésus, car lui il sait fait le prochain de tout homme. Lui il est descendu du ciel, il s’est approché de l’humanité, il a accepté de souffrir avec nous, il a donné toute sa vie pour prendre soin de nous, pour guérir nos blessures. Il est mort pour que nous ayons la vie ! Jésus est le modèle de l’Amour du prochain, le modèle de la compassion.

Dans les mouroirs de Calcutta, mère Térésa avait fait inscrire sur le mur de chaque cellule où l’on conduisait ceux qui allaient franchir le seuil de la mort : “Ceci est mon corps”. Nous devons à notre tour, comme le Christ, prendre soin du plus petit car prendre soin du plus petit c’est prendre soin du corps de Jésus. “Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait” (Mt 25).

Seigneur fais de nous des hommes et des femmes de compassion, qui dans le monde d’aujourd’hui se font le prochain de tous, et d’abord de ceux que notre société fait mourir car elle ne les juge pas digne de vivre.

“Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?” Le docteur de la Loi répondit : “Celui qui a fait preuve de pitié envers lui”. Jésus lui dit : “Va, et toi aussi, fais de même”