Condamner ou faire miséricorde ? Devenir ambassadeur de la réconciliation

Condamner ou faire miséricorde ?

Devenir ambassadeur de la réconciliation

 

Chers frères et soeurs,

Le message de ce dimanche que je vous propose de retenir est que Dieu vous appelle à être des ambassadeurs de la réconciliation.

Je voudrais repartir de la phrase introductive du passage de l’évangile que l’on vient d’entendre : “Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter”. Cette phrase est extraordinaire ! Tous viennent à Jésus ! Sa parole rejoint le cœur de tout homme et tous ont le désir de l’écouter. Tous ! Les publicains, c.a.d. les “collabos” de l’époque de Jésus, ceux qui récoltaient l’impôt pour l’occupant, qui étaient évidemment méprisés et rejetés par les bons juifs fidèles à la Loi de Dieu… Tous ! Les pécheurs, ceux qui se trouvent objectivement dans des situations de péché public, qui sont montrés du doigt par les autres parce qu’ils ne sont pas “en règle” avec la loi… Personne ne se sent exclu devant Jésus, montré du doigt, jugé, rejeté. Personne ! Au contraire Jésus leur fait bon accueil, il mange avec eux !

Cette attitude de Jésus scandalise les hommes religieux de son époque, ceux qui s’efforcent de suivre la loi de Dieu, de la mettre en pratique, qui y mettent toute leur énergie par amour des commandements de Dieu…. ceux qui se considèrent de bonne foi comme justes par rapport à tous ces gens qui se sont souillés au contact du monde, qui se sont compromis dans le péché, qui ont abandonné les commandements de Dieu. Ces hommes là, les scribes et les pharisiens les montrent du doigt, ils les condamnent, ils ne veulent surtout pas avoir affaire à eux, les rencontrer… Ils évitent tout contact avec eux, encore plus de s’asseoir à la même table ! Mais lui Jésus non seulement il leur fait bon accueil mais il mange avec eux ! C’est scandaleux pour les parisiens et les scribes. Alors encore une fois ils récriminent !

Et vous frères et sœurs ? Êtes vous du côté de ceux qui condamnent ou du côté de Jésus qui fait bon accueil et exerce la miséricorde envers ceux qui sont désignés comme “pécheurs”?

Dans notre monde d’aujourd’hui, quels sont les pharisiens et les scribes qui condamnent et qui récriminent ? Les croyants qui essaient de suivre les commandements de Dieu et l’évangile ? Oui il y en a malheureusement… On peut malheureusement être chrétien et juger les baptisés qui ne vont pas à la messe, ceux qui ne sont pas “en règle” avec ce que demande l’église, ceux qui sont dans des situations de vie compliquées, … Combien de personnes se sont senties et se sentent exclues de l’église parce qu’un jour, malheureusement, un chrétien les a montrés du doigt, condamnées par ses paroles, a refusé de les accueillir telles qu’elles étaient, n’a pas su leur faire une place, leur annoncer d’abord l’amour de Dieu pour elles avant de leur parler de ce qui dans leur vie n’était pas en accord avec le désir de Dieu…

Mais dans notre monde il n’y a pas que des croyants qui peuvent condamner et rejeter ceux qui sont considérés comme les “publicains et les pécheurs” d’aujourd’hui, même si on n’utilise pas ces termes. Il n’y a qu’à voir le lynchage médiatique qui peut s’abattre sur une personne, ou sur une catégorie de personne, lorsque la plupart s’accorde pour la considérer comme mauvaise, horrible, criminelle, voir représentant le mal absolu. Il n’y a qu’à voir les torrents de haine qui se déversent chaque jour sur les réseaux sociaux. Chacun désigne son ennemi et l’assassine de mots ! Ceux qui un jour sont condamnés par le tribunal médiatique, virtuel, n’ont malheureusement plus le droit au respect de leur personne, encore moins à la miséricorde. La justice elle doit être exercée, oui et encore oui. Celui qui commet un délit ou un crime doit répondre de ses actes, être reconnu coupable, et subir une peine pour pouvoir réintégrer la communauté humaine. Mais la justice, elle doit s’exercer dans les tribunaux, pas dans les médias ou les réseaux sociaux !

Des gens qui jugent et condamnent il y en a partout : dans l’église et en dehors d’elle. Serez vous frères et sœurs de ceux qui exercent la miséricorde ?

C’est votre première mission de chrétiens comme saint Paul nous le rappelle dans la deuxième lecture : “C’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu”.

Quelle belle mission frères et sœurs que Dieu vous donne dans le monde : être des ambassadeurs de la réconciliation. Voulez-vous être des ambassadeurs de la réconciliation dans vos discussions à la sortie de cette messe, en accueillant les personnes qui viendront tout à l’heure dans l’église, dans vos échanges ce midi ou ce soir en famille, entre amis ? Voulez-vous être des ambassadeurs de la réconciliation dans la crise actuelle que traverse l’église à cause des crimes de certains d’entre nous, de la culture du silence, des graves dysfonctionnement de nos institutions, du peu de considération de ceux qui souffrent, de notre oubli des plus petits, de nos propres compromissions avec le péché ? Voulez-vous être des ambassadeurs de la réconciliation demain au travail, dans vos lieux de vies, sur internet, dans toutes vos discussions ?

Frères et sœurs, la bonne nouvelle de cette parabole que Jésus raconte pour répondre à ceux qui récriminent c’est que le cœur de Dieu, le cœur du Père n’est que pardon ! En réalité vous êtes tous le fils cadet, je suis le fils cadet, chaque homme est le fils cadet. Chacun de nous a quitté la maison du Père, a choisi de partir avec l’héritage, a choisi de mener sa vie telle qu’il l’entendait plutôt que d’obéir à la parole de Dieu. Chacun de nous croit parfois que la vie est meilleure sans Dieu qu’avec lui, qu’il y a plus de joie à prendre des chemins qu’il nous dit de ne pas prendre, plutôt que de rester près de lui dans sa maison. Tous nous sommes pécheurs en ce monde, même si peut-être certains s’éloignent de la maison plus que d’autres et prennent de graves chemins de ténèbres. Mais tout homme, qui comme ce fils cadet, décide de revenir à la maison, en regrettant sincèrement son péché, trouvera sur sa route le Père qui le guettait depuis toujours, attendant ardemment le retour de son fils. Le Père courra et viendra se jeter à son coup, l’embrassera tendrement et dira : “mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !”

Alors oui, ce pardon inconditionnel de Dieu peut scandaliser notre monde, peut nous choquer nous-mêmes, nous révolter ! Ca peut être insupportable de réaliser que Dieu pardonne au pire des criminels.  Vous êtes, je suis, chaque homme, est bien souvent le fils aîné qui ne comprend pas, refuse que Dieu puisse pardonner sans mesure ! “Il y a tant d’années que je suis à ton service… et jamais tu ne m’as donné un chevreau… Mais quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !” Elle est compréhensible cette réaction du fils aîné… Comme cette révolte face à l’infinie bonté de Dieu pour le plus grand des pécheurs peut être difficile à faire taire dans notre cœur. Notre cœur à nous bien souvent condamne et refuse la miséricorde. Nous, on tient des comptes sur nous et sur les autres. Dieu, lui, ne tient pas compte des péchés. Ce qui le préoccupe c’est que son fils regrette et revienne. Le cœur du Père n’est que pardon ! “Il fallait bien, dit le père, festoyer et se réjouir”. Il fallait… C’est l’obligation de l’Amour, Dieu ne sait faire qu’Aimer !

Vous êtes appelés frères et sœurs à quitter la tristesse du jugement et à entrer dans la joie du Père qui lui veut se réconcilier avec tout homme et d’abord avec celui qui a dilapidé tout l’héritage et qui est parti très loin.

Pour cela je vous propose 3 moyens à vivre cette semaine ou dans les jours à venir :

– recevoir le sacrement du pardon avant Pâques. C’est important. On ne peut être ambassadeur de la réconciliation que si d’abord soi-même on vit cette expérience d’être embrassé par le Père lorsqu’on revient vers lui en regrettant nos péchés.

– dire merci à Dieu chaque jour pour sa miséricorde pour vous et pour le monde.

– penser à une personne de votre entourage ou une personne dont on parle dans les médias et que vous avez tendance à juger ou condamner. Demander à Dieu de la regarder avec miséricorde et décidez de la bénir dans votre cœur.