La Cordée du Ciel : des nouvelles de l’association Aux Captifs la Libération

Chers paroissiens de Saint Nizier,

Comme vous le savez peut-être, depuis maintenant un an et demi, l’association Aux Captifs La Libération – les « Captifs » – sillonnent les rues de Lyon afin d’aller à la rencontre des personnes vivant de ou dans la rue. Pour les nouvelles, l’équipe se compose actuellement d’une vingtaine de paroissiens, qui s’engagent pour deux ans minimum à ces visites hebdomadaires, pour porter l’Eglise dans la rue, et la rue dans l’Eglise !

La Cordée du Ciel : un projet pour atteindre les sommets

Pour cette fin d’année scolaire, nous portions un projet commun avec l’antenne Captifs de Paris 10ème, intitulé « La Cordée du Ciel ».

L’objectif : emmener six personnes sans domicile fixe sur les sommets alpins pour apprendre à se faire confiance, à se dépasser, et à se découvrir responsable les uns des autres (« le fameux esprit de cordée » !). Notre fine équipe comptait notamment Emile et Didier, que vous avez eu la joie, pour certains, d’entourer cette année dans le cadre d’Hiver Solidaire.

Nous vous livrons ci-dessous le récit intégral de cette semaine d’anthologie !!

 


Jour 1 : arrivée en montagne

Départ aux aurores pour l’équipe de P10, et un peu moins matinal pour l’équipe de Lyon. Les deux antennes se rejoignent à la gare de Grenoble et prennent ensuite la route pour la dernière partie du trajet. Les voitures sont bien chargées, la route est sinueuse, et tout le monde semble bien content d’arriver à Saint Disdier, dans le chalet des Delort.

Nous y sommes reçus très chaleureusement par Guillaume. Après un déjeuner au soleil et un tour de présentation, nous partons pour une jolie balade vers le col de la Tune, idéal pour se mettre en jambe. Outre les magnifiques paysages verdoyants du Devoluy, ponctués de névés, nous apercevons ce jour un lièvre et un chevreuil.

 

 

De retour au chalet, on s’affaire rapidement au barbecue, agrémenté d’un excellent couscous coordonné de main de maître par Ali, et éteignons les feux après une courte soirée : la randonnée du lendemain s’annonce musclée.

Jour 2 : Grande randonnée à la Tête d’Oriole

Après un temps de prière pour certains et le petit déjeuner pour tous, nous prenons la route du hameau du Seresque, départ de notre randonnée. L’objectif du jour est d’atteindre la Tête d’Oriole et ses 2350m d’altitude, ce qui représente un dénivelé positif (et négatif) de 1100 mètres !

Ce matin, le ciel est bien dégagé, agrémenté toutefois de quelques nuages qui viennent apporter un peu de fraicheur. Un bon sentier nous amène facilement au pied de la montagne, que nous attaquerons par le flan gauche. Nous faisons une pause déjeuner au niveau d’un impressionnant trou sans fond taillé dans le sol calcaire par le ruissellement de l’eau. Dans le Devoluy, on connait bien ces formations géologiques appelées « Choroum ». La suite de la randonnée s’effectue dans de raides pentes d’éboulis jusqu’au fait de l’arrête, qui conduit ensuite tranquillement au sommet.

L’effort se révèle éprouvant pour la plupart, mais chacun est porté par le soutien du groupe déjà très soudé. De là-haut, nous bénéficions d’une vue splendide sur tout le massif du Devoluy encore partiellement enneigé, et bien au-delà ; tout le monde s’est bien donné et peut savourer cette première victoire.

 

 

Au terme d’une longue descente, nous regagnons le gîte des Delort pour un repos bien mérité. Cerise sur le gâteau, ceux-ci nous ont invité à partager une bonne raclette, spécialité savoyarde qu’une partie du groupe déguste pour la première fois.

Jour 3 : Les premières courbatures du séjour !

L’effort de la veille a laissé quelques traces. Ça tombe bien, ce matin c’est repos ! On profite donc d’un sommeil prolongé jusqu’à 10h, suivi d’un petit déjeuner au soleil face aux sommets du Devoluy. L’idée est de faire le plein de batteries pour les deux jours de l’ascension finale. Nous profitons de ce temps de repos pour vérifier le matériel technique et préparer les sacs du lendemain.

Après un bon déjeuner, nous partons en direction de Saint-Etienne en Devoluy et de la Via Ferrata des Etroits. Encore une première en perspective pour tout le groupe ! L’activité consiste à évoluer dans une gorge vertigineuse, à une cinquantaine de mètres au-dessus des eaux vives de la Souloise, la rivière du coin. Quand on se gare au parking du départ de la via ferrata, on devine à peine le gouffre vers lequel se dirige résolument un petit sentier. Après équipement et présentation des mesures de sécurité, chacun accroche ses longes au câble de sécurité. Plus on avance, plus le sentier prend la forme d’une échelle, jusqu’à devenir parfaitement verticale. On devine un peu d’appréhension chez nos aventuriers de l’extrême, qui laisse bien vite la place à la joie simple de défier la gravité.

L’exercice délicat met une nouvelle fois en lumière l’esprit d’entraide et de solidarité qui lient désormais le groupe. Les encouragements raisonnent d’un bord à l’autre du canyon. Nous rencontrons toutes formes de configuration : descentes, traversées, montées, une splendide passerelle permettant de poursuivre l’itinéraire sur la falaise opposée, le passage dans deux petites grottes : frissons garantis. Après trois heures d’escalade, les gorges nous libèrent.

Direction le chalet. Ce soir, c’est repas oriental, préparé par Mohammed et Mourad : le véritable couscous et gâteau au chocolat avec son émietté de biscuit, on se régale, tout cela en compagnie de nos hôtes les Delort.

Jour 4 : montée au refuge de l’Olan

Ça y’est, c’est le grand jour de l’ascension finale, et tout le monde est à bloc ! Nous quittons notre gîte du Devoluy et prenons la direction de La Chapelle en Valgaudemar, petit village situé dans une profonde vallée du sud du massif des Ecrins. Le temps de récupérer le matériel technique généreusement prêté par le bureau des guides, de louer les chaussures manquantes, et nous voilà au pied du sentier conduisant au refuge de l’Olan.

Pour l’atteindre, il nous faut gravir pas moins de 1.250 mètres de dénivelé positif. Cela représente un challenge de taille pour chacun, mais il faut ici souligner tout particulièrement l’incroyable performance de Didier, déjà bien fatigué des jours précédents, qui fera courageusement le parcours en 6h à la seule force du mental ! A son arrivée au refuge, il est accueilli par une véritable ovation du reste de l’équipe, dont une partie est descendue à sa rencontre. Les plus en forme sont arrivés 3h avant !

Du refuge, les sommets de l’autre côté de la vallée, qui paraissaient si imposants depuis La Chapelle, arrivent tout juste à notre hauteur. La neige, omniprésente dans ce paysage minéral, témoigne que nous avons pénétré le domaine de la haute montagne. Nous partageons un bon repas en compagnie des guides, qui nous ont rejoint. Ceux-ci nous transmettent les consignes de préparation des sacs, et de sécurité en montagne, ainsi que le fameux esprit de cordée : lorsque l’on marche encordés, il faut être bien attentif à marcher d’un rythme commun, afin que la corde reste tendue entre chacun, mais sans entraver les mouvements des autres, ce qui demande une vigilance de tous les instants. On est responsable de la sécurité de ses compagnons de cordée.

A 22h, les crampons réglés et les sacs parés, c’est l’extinction des feux.

 

 

Jour 5 : Haute montagne

Ce matin, au refuge, le réveil sonne à 3h du matin. A vrai dire, tout le monde n’a pas très bien dormi. Mais peut importe, la détermination compense la fatigue. Les guides aussi se sont bien réveillés, et nous présentent la situation : dehors, il pleut à grosses gouttes bien serrées et l’on n’y voit rien avec le brouillard. De plus, ils nous expliquent que même si le temps venait à se dégager, la qualité de neige ramollie par les trombes d’eau et les températures trop élevées rendraient de toute manière l’ascension pénible et dangereuse. Nos espoirs de sommet se trouvent ainsi douchés.

Cependant, nous convenons d’un nouveau réveil à 5h pour, dans le cas où le temps se serait débouché, pour pouvoir évoluer sur neige, s’encorder, tester nos crampons, piolets et autres équipements techniques en conditions réelles. Et de fait, la fenêtre météo de présente pour ce deuxième réveil ! Le petit-déjeuner prestement avalé, nous nous équipons, puis prenons la direction des tâches de neige (« névés », dans le jargon montagnard) que l’on aperçoit du refuge.

Même si l’on ne peut espérer atteindre notre sommet, un beau couloir raide, étroit et encaissé se profile bientôt sur notre droite, d’une hauteur d’environ 200 mètres. Nos trois valeureuses cordées si dirigent résolument. C’est l’occasion d’apprendre à marcher avec la corde, toujours côté amont ; à bien utiliser le piolet pris comme une canne, également côté amont ; et les crampons, à bien planter sur dix pointes, quitte à tordre ses pieds pour maximiser l’adhérence dans la neige. La vue vers le bas est impressionnante, avec le vide de ce qu’on vient de grimper sous les pieds : c’est aussi par-là que nous redescendrons, avec d’infinies précautions.

Pour redescendre au refuge puis à la voiture, cela fait tout de même 1.600 mètres de dénivelé négatif, qui nécessiteront pour tous une belle persévérance. A l’arrivée, nous retrouvons Guillaume et Bénédicte, nos hôtes du Devoluy, et leur fils, pour les ultimes salutations. Et c’est le retour pour Grenoble, puis Lyon et Paris.

Au final, ça aura été 5 jours bien intenses, de découverte d’un milieu inconnu, de dépassement de soi, de soutien mutuel, de partage et de beaucoup de joie ! Nous avons une pensée particulière pour toutes les personnes qui ont rendu ce séjour possible !

 

Ali, Mohammed, Didier, Emile, Mourad, Moustapha, Vincent, Astrid, Emilie et Louis vous salu