Désirez la vie éternelle !

Homélie du dimanche 10 novembre 2019, messe de 10h30, par le père Nathanaël.

“Désirez la vie éternelle”

 

Sondage en 2007 : seulement 58 % des personnes se déclarant catholiques croient en la résurrection du Christ, 10 % en la résurrection des morts ! Même parmi les pratiquants, un tiers se dit sceptique face à la résurrection de Jésus.

Dans l’évangile que l’on vient d’entendre, Jésus est confronté à des juifs, les saducéens, qui ne croient pas non plus en la résurrection. Pas d’aujourd’hui !

Pour les juifs du temps de Jésus on peut comprendre que ce soit difficile mais pour des chrétiens ce n’est pas possible de nier la résurrection, et d’en faire quelque chose d’optionnel dans la foi. Saint Paul est clair dans 1Co 15 : ” si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi; vous êtes encore dans vos péchés. Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.”

Les saducéens auxquels Jésus est confronté niaient la résurrection. Ils n’admettaient que l’autorité des 5 premiers livres de la Bible et donc ne reconnaissaient pas pour parole de Dieu par exemple le livre des Maccabées qu’on a entendu dans la première lecture et qui parle explicitement de la foi en la résurrection.

Pour montrer à tous l’absurdité de cette croyance en la résurrection, les sadducéens présentent à Jésus le cas d’une femme qui épouse 7 frères qui décèdent l’un après l’autre, sans leur laisser de descendance. Ils font référence à la loi de Moïse, qu’on appelle la loi du lévirat (Dt 25,5) : cette loi décrétait que tout homme devait épouser la femme de son frère si celui-ci mourait sans enfants, afin de donner une descendance au défunt. Ce qui était important c’était de laisser une trace sur la terre, une descendance.

Ils prennent ainsi un cas compliqué pour pousser à l’absurde la croyance en la résurrection. De qui cette femme sera-t-elle donc l’épouse dans une vie future si tous les frères ont été son mari en cette vie ?

Mais Jésus ne tombe pas dans le piège et réaffirme la vérité de la résurrection. Il explique que l’existence après la mort sera différente de l’existence sur la terre. Il fait comprendre qu’il n’est pas possible d’appliquer les catégories de ce monde aux réalités qui vont au-delà et qui sont plus grandes que ce que nous voyons en cette vie.

« Les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari ; mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari » (vv. 34-35).

Jésus explique que dans ce monde, nous vivons de réalités provisoires, qui finissent ; mais dans l’au-delà, après la résurrection, nous n’aurons plus la mort comme horizon et nous vivrons tout, également les liens humains, dans la dimension de Dieu, de façon transfigurée. Nous serons totalement plongés dans la communion d’amour qu’est Dieu lui-même. Nous serons semblables aux anges, au sens où nous vivrons éternellement et totalement comblés par la contemplation de Dieu et la communion d’amour avec lui et avec nos frères et sœurs.

De la parole de Dieu de ce jour, je vous propose de garder 2 messages : 1) Redites-vous que l’horizon de votre foi c’est la vie éternelle. 2) Relativisez votre situation présente, éphémère, en fonction de cette vie éternelle.

 

  1. I) L’horizon de votre foi c’est la vie éternelle
  2. croire -> mettre son nom dans le nom de Dieu.

Jésus répond aux saducéens, en faisant référence à l’Ecriture : Il cite Exode 3,6, ça fait partie des livres qu’ils reconnaissent. Ca ne parle pas directement de la résurrection mais de Dieu ; « Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : ‘le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui ».

Si Dieu est un Dieu vivant et se définit comme “Dieu d’ Abraham, d’Isaac, et de Jacob”  alors, cela veut-il dire que Abraham, Isaac et Jacob vivent quelque part, même si au moment où Dieu parle à Moïse, ils sont morts depuis des siècles. Dieu n’est pas Dieu des morts. Si Dieu est Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, cela signifie qu’ils sont vivants.

Croire c’est inscrire son Nom dans le nom de Dieu. Dieu se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, car Abraham, Isaac, Jacob ont cru en lui. Celui qui croit en Dieu, est inscrit dans le nom même de Dieu, Il participe à la vie de Dieu, il vit pour toujours. Pour nous c’est pareil, par la foi, par le baptême, nous avons inscrits nos noms dans celui de Dieu. Dieu peut dire alors je suis le Dieu de… Et celui qui appartient au nom de Dieu ne peut pas disparaître, il appartient au Dieu vivant. Même s’il meurt, il est toujours vivant.

  1. baptême : déjà vie éternelle, déjà ressuscités

que demandez-vous à l’église de Dieu ? la foi. Que vous donne la foi ? La vie éternelle.

Baptême : être plongé, être noyé. Etre baptisé = Mourir et Ressusciter. Morts au péché, vivant de la vie de Dieu -> devient fils et filles de Dieu, enfants de la Résurrection => si bien que la mort que nous allons vivre un jour n’est qu’un passage de ce monde à l’autre. Nous sommes déjà morts le jour de notre baptême en fait et déjà re-nés. Le baptême est la vraie mort et la vraie renaissance à la vie éternelle.

  1. Vie éternelle, ce n’est pas la perpétuité :

Benoit XVI, Spe salvi : “Voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement? Peut-être aujourd’hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle. Continuer à vivre éternellement – sans fin – apparaît plus comme une condamnation que comme un don. Bien sûr, on voudrait renvoyer la mort le plus loin possible. Mais vivre toujours, sans fin – en définitive, cela peut être seulement ennuyeux et en fin de compte insupportable.

Il y a clairement une contradiction dans notre attitude : D’une part, nous ne voulons pas mourir; surtout celui qui nous aime ne veut pas que nous mourions. D’autre part, il est vrai que nous ne désirons pas non plus continuer à exister de manière illimitée, et même la terre n’a pas été créée dans cette perspective. Alors, que voulons-nous vraiment? Ce paradoxe de notre propre attitude suscite une question plus profonde: qu’est-ce en réalité que la « vie »? Et que signifie véritablement « éternité »?

Saint Augustin écrivit un jour: “dans le fond, nous voulons une seule chose – « la vie bienheureuse », la vie qui est simplement vie, simplement « bonheur ». En fin de compte, nous ne demandons rien d’autre dans la prière. Nous ne marchons vers rien d’autre – c’est de cela seulement qu’il s’agit. Mais ensuite, Augustin ajoute : en regardant mieux, nous ne savons pas de fait ce qu’en définitive nous désirons, ce que nous voudrions précisément. Nous ne connaissons pas cette « vraie vie »; et cependant, nous savons qu’il doit exister un quelque chose que nous ne connaissons pas et vers lequel nous nous sentons poussés”.

Nous désirons en quelque sorte la vie elle-même, la vraie vie, qui ne finisse pas par être atteinte par la mort; mais, en même temps, nous ne connaissons pas ce vers quoi nous nous sentons poussés.

L’expression « vie éternelle » cherche à donner un nom à cette réalité à la fois connue et inconnue. Il s’agit nécessairement d’une expression insuffisante, qui crée la confusion. En effet, « éternel » suscite en nous l’idée de l’interminable, et cela nous fait peur; « vie » nous fait penser à la vie que nous connaissons, que nous aimons et que nous ne voulons pas perdre et qui est cependant, en même temps, plus faite de fatigue que de satisfaction, de sorte que, tandis que d’un côté nous la désirons, de l’autre nous ne la voulons pas. Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l’éternité n’est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s’agirait du moment de l’immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie. C’est ainsi que Jésus l’exprime dans Jean: « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (16, 22)”.

L’éternité ce n’est pas la perpétuité mais l’immersion toujours nouvelle dans l’amour, comme un instant où on est rempli de joie parfaite.

 

  1. Changez votre regard sur la mort qui peut faire peur : “je ne meurs pas, j’entre dans la vie” (Sainte Thérèse de Lisieux)

 

  1. II) Relativisez votre situation présente, éphémère, en fonction de la vie éternelle
  2. horizon immédiat : souvent notre bonheur terrestre.

Marie à Bernadette à Lourdes : je ne te promets pas le bonheur de ce monde mais de l’autre

selon quelle perspective est-ce que je regarde ma vie: possession, succès, réussite dans cette vie, la trace que je vais laisser ? ou bien selon la perspective de la vie éternelle : est ce que je vis cette vie sur la terre en vue du ciel, pour être jugé digne d’avoir part à la résurrection ? Suis-je prêt à renoncer au bonheur de ce monde pour ne pas manquer d’entrer dans le bonheur de l’autre ?

  1. célibat non choisi : souffrance terrible dont on ne parle pas beaucoup. Pas question de nier cette souffrance ; mariage réalité provisoire => perspective du mariage n’est pas le critère absolu pour juger de la réussite d’une vie. Le mariage n’est qu’une réalité de ce monde. L’enjeu de notre vie sur la terre est d’abord la relation avec celui qui est l’Amour même, Dieu.

célibat consacré = 1 signe : Dieu seul comble le cœur de l’homme. Dieu seul suffit.

  1. Croire en la résurrection de la chair ne change pas seulement le moment de notre mort, mais change notre vie : Dans une Audience générale le Pape François a dit ceci : « Si nous étions capables d’avoir cette réalité plus présente à nous, nous serions moins fatigués par la vie quotidienne, moins prisonniers de l’éphémère et plus disposés à marcher avec un cœur de miséricorde sur le chemin du salut ». Dieu « restituera vraiment la vie à notre corps en le réunissant à l’âme… Nos corps seront transfigurés en corps glorieux. Ceci n’est pas un mensonge ! (…) Nous sommes en chemin vers la résurrection. Voir Jésus, rencontrer Jésus : c’est notre joie, c’est notre destin ! »

Frères et sœurs, beaucoup d’hommes s’imaginent que leur vie est comme une phrase et que la mort en est le point final. Non, la mort n’est qu’une virgule, et la suite de la phrase est bien plus merveilleuse que le début. Nous sommes sur cette terre pour nous préparer au Ciel, nous sommes faits pour le Ciel. Dans le credo nous proclamons chaque dimanche : “J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir”. Est ce que vraiment vous attendez la résurrection des morts et la vie du monde à venir ? Non pas une attente passive mais une attente de désir ! Est ce que vous désirez aller au Ciel ? Est ce que le ciel est l’horizon de votre vie sur terre ?

Vous  êtes fait pour voir Dieu et c’est ce désir d’aller au Ciel, de voir Dieu, qui doit orienter fondamentalement votre vie. Qu’est-ce que ça veut dire avoir pour horizon le ciel ? Et bien c’est faire de la sainteté l’objectif, l’ambition de votre vie. Car le ciel c’est la demeure des saints comme on l’a fêté dans la belle fête de la Toussaint. Faites de la sainteté l’ambition de votre vie !

Alors je vous propose cette semaine d’évaluer les choix de votre vie, les petits comme les grands, en fonction de cet objectif de la résurrection. Est ce que ce choix me rapproche du ciel ou m’en éloigne ? Evaluer votre emploi du temps en fonction de cet objectif : y a-t-il une place dans ma journée pour Dieu ? y a-t-il une place pour aimer ? est ce que cette activité, cette relation me fait regarder vers le ciel ou bien détourne mon regard vers la terre ?

Et puis dans cette messe, je vous propose de déposer une peur que vous avez peut-être par rapport à la mort, votre mort, celle des autres. Vous pouvez l’écrire sur un papier, la déposer dans le panier de quête si vous voulez, ou bien la dire au Seigneur dans votre cœur dans le temps de silence qu’on va prendre maintenant. Et puis je vous propose d’aller communier ou recevoir la bénédiction tout à l’heure, en disant au Seigneur votre désir de vivre avec lui pour toujours, d’entrer dans cette vraie vie qu’il vous promet et lui demander la grâce de la désirer de plus en plus.