Avec les mages, lever les yeux, se mettre en route et s’offrir

Homélie du dimanche 5 janvier 2020 – solennité de l’épiphanie du Seigneur – par le père Nathanaël.

Avec les mages, lever les yeux, se mettre en route et s’offrir

(inspirée de l’homélie du pape François pour l’épiphanie 2018)

Aujourd’hui nous fêtons donc l’épiphanie : c’est un mot grec qui veut dire la manifestation. Non pas la démonstration de force dans la rue pour revendiquer des choses… Pas cette manifestation là, mais la manifestation qui est la révélation d’un grand mystère qui devient visible pour tous. Ce grand mystère qui est révélé, qui est rendu visible aujourd’hui, c’est ce qu’a dit saint Paul dans la deuxième lecture que l’on a entendue : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus ». Avant l’avènement de Jésus le monde était coupé en deux. Il y avait d’un côté le peuple juif et de l’autre les païens, toutes les autres nations. C’est au peuple juif seul qu’était destinée la bénédiction promise par Dieu à Abraham : il était le peuple de Dieu et lui seul pouvait revendiquait l’héritage, le salut, la vie éternelle avec son Dieu. Les nations, elles, étaient en dehors de la promesse, exclues de la connaissance et de la vie avec Dieu. Saint Paul qui a été ébloui par la lumière de Jésus a compris que par la venue de Jésus dans ce monde, ce mur de la haine qui séparait juifs et païens est tombé. Dans le Christ, tous, les juifs et les nations, sont associés au même héritage, ils deviennent membres d’un même corps, le corps du Christ c’est à dire l’Eglise. Le salut, la vie éternelle est pour tous.

Où est ce que ce mystère a été manifesté ; où est-il apparu aux yeux du monde ? Et bien précisément dans la crèche, dans ce petit enfant blotti dans les bras de sa mère, ce petit enfant aux pieds duquel les mages viennent se prosterner aujourd’hui. Les mages viennent d’Orient, ils ne sont pas juifs. Ils symbolisent toutes les nations qui viennent se prosterner aux pieds de Jésus et qui reconnaissent en Lui le Sauveur de tous les hommes. Ce sont des mages, c’est à dire des savants qui recherchent la sagesse à travers la contemplation du monde, la philosophie et la spiritualité. La tradition en a fait des rois, les fameux rois-mages, venus des 3 continents connus à l’époque : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Car la tradition a vu dans cette venue des mages l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe qu’on a entendu en première lecture et qui disait : « les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore […]. Vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront de Madiane et d’Epha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens. » Et on y a vu aussi l’accomplissement des paroles du psaume que l’on a entendu. C’est ainsi qu’on a fait des mages de l’évangile des rois, et que les chameaux sont apparus dans les crèches…

Mais revenons à ce mystère manifesté aujourd’hui : Jésus est le Sauveur de tous les hommes sans exception, juif ou païen. Il est donc le Sauveur de chacun d’entre vous qui êtes là ce matin. Pour entrer dans ce mystère de l’épiphanie, pour recevoir ce salut, vous êtes invités comme les mages à entrer dans cette crèche, à vous approcher de ce roi et à vous prosterner devant lui. Alors, pour que vous puissiez faire cette même expérience qu’eux, je vous propose de reprendre simplement trois étapes de leur cheminement qui peuvent aussi être les vôtres.

1ère étape : Lever les yeux

Ce qui a conduit les mages à Jésus c’est cette fameuse étoile. Pourquoi les Mages ont-ils vu l’étoile ? Parce qu’ils ont levé le regard vers le ciel, et en levant les yeux vers le ciel ils ont été capables de voir le signe que Dieu leur donnait. Vous aussi, pour trouver Jésus, vous êtes appelés à lever les yeux vers le ciel. Souvent, dans la vie on se contente de regarder vers la terre : on pense que la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Mais est-ce que l’on sait encore lever le regard vers le ciel ? Est ce que l’on désire Dieu, est-ce qu’on le recherche, est-ce qu’on attend son action dans notre vie ? Les Mages ne se sont pas contentés de leur petite vie. Ils voulaient vivre vraiment, ils recherchaient un but élevé et pour cela ils avaient les yeux levés.

L’étoile qu’ont vu les mages n’était sans doute pas éblouissante, elle ne brillait pas plus que les autres, sinon tous l’auraient vue. Les signes que Dieu donnent n’aveuglent pas, ils sont une invitation douce et discrète. Alors vous pouvez vous demander quelle étoile vous choisissez dans la vie. Il y a les étoiles éblouissantes qui créent des émotions fortes mais qui ne conduisent pas vers un but élevé. C’est par exemple le succès, l’argent, la carrière, les honneurs, la succession des plaisirs recherchés comme but de l’existence. Mais comme le dit le pape François, « ce sont des météores : ils brillent un peu mais ils tombent vite et leur lueur disparaît. Ce sont des étoiles filantes qui désorientent au lieu d’orienter. L’étoile du Seigneur, au contraire, n’est pas toujours fulgurante, mais toujours présente ; elle est douce : elle te prend par la main dans la vie, elle t’accompagne. Elle ne promet pas de récompenses matérielles, mais elle assure la paix et donne, comme aux Mages, « une très grande joie » (Mt 2, 10) ». Il y a notamment deux étoiles, deux grands signes il me semble que Dieu vous donne pour orienter votre marche vers lui : Il y a la création d’abord : en contemplant sa beauté on peut désirer trouver son créateur et se laisser conduire à lui. Et puis il y a la parole de Dieu, la Bible : en la lisant, en se laissant toucher par elle, on peut désirer trouver son auteur et se laisser conduire à lui.

2ème étape : Se mettre en route

Cette deuxième action des Mages est essentielle pour trouver Jésus. L’étoile de Dieu, les signes qu’ils donnent, vous appelle à décider de vous mettre en route, d’accepter d’être dérangé, d’accepter la fatigue de la marche ; Comme le dit le pape François, « elle demande de se libérer des poids inutiles et des fastes encombrants qui entravent, et d’accepter les imprévus qui apparaissent sur la carte de la vie tranquille. Jésus se laisse trouver par qui le cherche, mais pour le chercher il faut bouger, sortir. Ne pas attendre ; risquer. Ne pas rester immobile ; avancer. Jésus est exigeant : il propose à celui qui le cherche de quitter le fauteuil du confort mondain et les tiédeurs rassurantes de nos cheminées. Suivre Jésus n’est pas un protocole poli à respecter mais un exode à vivre. (…) Pour trouver Jésus il faut abandonner la peur de se mettre en jeu, la satisfaction de se sentir arrivé, la paresse de ne plus rien demander à la vie. Il faut risquer, simplement pour rencontrer un Enfant. Mais cela en vaut immensément la peine, car en trouvant cet Enfant, en découvrant sa tendresse et son amour, nous nous retrouvons nous-mêmes ».

Ce n’est pas facile de bouger, de se mettre en route. Parce qu’il y a des obstacles… L’Evangile nous le montre : Hérode a peur que la naissance d’un roi menace son pouvoir. Il envoie les mages recueillir des informations ; « mais lui ne bouge pas, il reste enfermé dans son palais. « Tout Jérusalem » (v. 3) aussi est bouleversé : les gens ont peur de la nouveauté de Dieu et préfèrent que tout reste comme avant. Et personne n’a le courage de suivre les mages pour aller voir Jésus. Il y a aussi les prêtres et les scribes. Ils connaissent le lieu exact de naissance du messie, ils l’indiquent à Hérode, en citant la Bible. Ils savent, ils connaissent la parole de Dieu, mais ils ne font pas un pas vers Bethléem. Pour le pape François, « ce peut être la tentation de celui qui est croyant depuis longtemps : il disserte sur la foi, comme d’une chose qu’il sait déjà mais il ne se met pas en jeu personnellement pour le Seigneur. On parle mais on ne prie pas ; on se lamente mais on ne fait pas de bien ». Peut-être il y a aussi des peurs en vous, peurs de la nouveauté que Dieu pourrait introduire dans vos vies, résistance à être bousculés, difficultés à s’engager, à se dépenser, à se fatiguer pour trouver Dieu, pour vous approcher plus de lui. C’est peut-être aujourd’hui le moment de présenter ces peurs et ces tentations à Jésus et lui demander la grâce de vous mettre en route, de faire un pas de plus, de prendre un engagement, d’oser vous déplacer, de retrouver le désir de Dieu qui met en route, qui fait sortir et risquer.

 

3ème étape : S’offrir

Quand les mages arrivent à Jésus ils offrent leurs biens précieux : l’or, l’encens et la myrrhe. Le but du chemin de foi c’est la rencontre avec Jésus et la rencontre avec Jésus a pour conséquence le don, le don de soi. Lorsqu’on a rencontré Jésus, on réalise qu’il est le seul qui mérite vraiment la première place dans la vie, le seul qui mérite notre adoration, le seul qui mérite que l’on s’offre à lui. Celui qui a trouvé Jésus n’a pas peur de lui donner sa vie, de lui remettre le volant de sa voiture car il a trouvé Celui qui donne sens à l’existence, Celui qui conduit au bonheur véritable. Et le fait de se donner à Jésus, de s’offrir à lui transforme l’existence en une vie de don de soi aussi aux autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont indissociables. Je cite encore le pape François :  » L’Evangile se réalise quand le chemin de la vie parvient au don. Donner gratuitement, pour le Seigneur, sans s’attendre à quelque chose en retour : voilà le signe certain d’avoir trouvé Jésus qui dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Faire le bien sans calcul, même si personne nous le demande, même si l’on n’y gagne rien, même si cela ne nous fait pas plaisir. Dieu désire cela. Lui, se faisant petit pour nous, nous demande d’offrir quelque chose pour ses frères les plus petits. Qui sont-ils ? Ils sont justement ceux qui n’ont rien à rendre, comme celui qui se trouve dans le besoin, l’affamé, l’étranger, le prisonnier, le pauvre (cf. Mt 25, 31-46). Offrir un don gratuit à Jésus c’est soigner un malade, donner du temps à une personne difficile, aider quelqu’un qui ne présente pas d’intérêt, offrir le pardon à qui nous a offensé ».

Alors frères et sœurs, aujourd’hui si comme les mages vous voulez rencontrer Jésus ou renouveler votre rencontre avec lui, si vous voulez entrer dans la crèche, vous êtes invités aussi à offrir quelque chose à Jésus. Qu’allez-vous lui offrir ? Peut-être dans ce temps de silence que nous allons prendre maintenant, ceux qui le veulent, ceux qui en sont là dans leur cheminement de foi, peuvent donner ou redonner quelque chose à Jésus : leur vie, rechoisir leur vocation, prendre ou reprendre une décision par rapport à Dieu et aux autres : donner du temps, de ses biens, donner se relations, décider d’un acte gratuit pour un plus petit, décider de s’engager dans un service, une mission, …

Seigneur aujourd’hui nous te demandons la grâce de faire le même chemin que les mages pour entrer nous aussi dans la manifestation de ton mystère et recevoir le salut gratuit que tu nous offres : que nous puissions lever les yeux, nous mettre en route et nous offrir. Amen

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