Jésus apporte-t-il la paix ?

Retrouvez l’homélie du dimanche 18 août 2019, par le père Nathanaël.

 

 

Pour décrire sa mission, Jésus la compare à un feu « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » Et pour décrire le moyen par lequel il va accomplir cette mission, Jésus parle d’un baptême : “Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli”.

Quel est donc ce feu que Jésus désire ardemment allumer et ce nécessaire baptême à recevoir pour cela, baptême dont la perspective l’angoisse ?

Ce feu il me semble que c’est le feu purificateur dont parle l’Ecriture : le feu qui détruit tout ce qui s’oppose à Dieu, le feu qui détruit la mort et le péché “qui nous entrave si bien” comme le dit la lettre aux hébreux qu’on a entendu. Jésus désire ardemment sauver le monde, libérer les hommes du péché et de la mort, ramener ce monde au Père, le réconcilier avec lui. Ce baptême qu’il doit recevoir c’est celui de sa passion, de son rejet par les hommes et de sa mort en croix pour ressusciter le troisième jour. Etre baptisé ça veut dire être plongé, être plongé dans la mort pour renaître à la vraie vie. Jésus sait que pour sauver le monde, pour répandre ce feu qui purifie du péché, il doit être plongé dans la mort pour ensuite ressusciter et offrir une vie nouvelle à tous ceux qui croiront en lui. Il sait très bien que c’est ce baptême là qui l’attend à Jérusalem et on comprend cette angoisse qui est la sienne face à sa passion.

 

Le salut n’est pas produit par un coup de baguette magique divine, il est le fruit d’un combat violent : beaucoup s’opposent à Jésus, ses adversaires vont se déchaîner contre lui, Satan va s’en prendre au Fils de Dieu pensant l’anéantir. Le mal, la violence, la haine vont s’abattre sur Jésus mais ils ne pourront rien contre ce feu ardent de l’amour qui brûle son cœur, ce feu de la miséricorde qui brûle le péché et tout ce qui s’oppose à Dieu. En réponse au péché il offre le pardon, à la haine l’amour, à la mort la vie.

Mais Jésus n’est pas un sauveur en mode bisounours. Le salut est le fruit d’un combat, qu’il a mené et dont il est victorieux.

Il ne faut donc pas s’étonner que Jésus dise ensuite : “Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non je vous le dis, mais bien plutôt la division” Jésus n’est pas venu apporter la paix au monde d’un coup de baguette magique, en supprimant miraculeusement le mal, la souffrance, tout ce qui s’oppose à Dieu. Il ne l’a pas supprimé, il est toujours dans le monde, mais il a mené le combat et il a triomphé. Et il promet à tous ceux qui le suivent, à tous ceux qui mettent leur foi en lui d’être eux aussi victorieux, de triompher du mal, du péché, de la mort et de recevoir le salut, la vie éternelle.

La vie chrétienne c’est un combat, une épreuve, à la suite du Christ, ce n’est pas l’offre trompeuse d’une vie facile, débarrassée de toute épreuve, tentation, conflits, contradictions. Et cela on le vit tous. Tous ceux qui nous ont précédé ont mené ce combat et ils ont triomphé avec le Christ grâce à leur foi. L’auteur de la lettre aux hébreux que l’on a entendu nous encourage dans ce sens : “Frères, nous qui sommes entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien -, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi.(…) Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché”.

En ce sens là, Jésus n’est pas venu apporter la paix. Il n’est pas venu apporter la tranquillité d’une vie facile. Il est venu nous mettre face à un choix radical : rejeter Satan, le péché et tout ce qui conduit au mal, comme on le dit le jour du baptême et le suivre, mettre sa foi en lui pour recevoir la vie éternelle ; OU BIEN rejeter Jésus, choisir de s’attacher et de mettre sa foi dans les idoles de ce monde qui promet un bonheur facile, une paix factice qui résulte de l’anéantissement de la conscience et de l’aliénation à la pensée unique.

Puisque ce choix est radical, qu’il n’y a pas de demi mesure, alors nécessairement il y aura une division entre ceux qui sont au Christ et ceux qui ne le sont pas. C’est pour cela que Jésus dit : “Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non je vous le dis, mais bien plutôt la division”. Les premiers chrétiens ont immédiatement expérimenté la vérité de cette parole. Dès le début de l’évangélisation, ceux qui ont cru à la Bonne Nouvelle et ceux qui l’ont refusée sont devenus irrémédiablement antagonistes, même s’ils étaient unis par les liens de la famille ; et l’on a vu se réaliser ce que décrivait déjà avec désolation le prophète Michée : « Le fils traite son père de fou, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre la belle-mère. Chacun a pour ennemis les gens de sa maison. » (Mi 7,6). De nombreux chrétiens ont été dénoncés, livrés aux romains, par des membres de leur propre famille. Et dans les pays où les chrétiens sont persécutés cela se produit encore.

Quand Jésus annonce ces divisions, ce n’est pas un pressentiment mais il parle d’expérience. Rappelez vous qu’une de ses premières visites après son baptême par Jean fut pour Nazareth, le village de sa jeunesse. Après un moment d’enthousiasme, ses amis d’enfance et ses proches se sont retournés contre lui. Luc raconte dans l’évangile : « Tous furent remplis de colère dans la synagogue en entendant ses paroles. Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. » (Lc 4,28-29). Ce n’est pas le seul moment où Jésus se heurte à l’opposition des siens : Saint Jean l’écrit : « Ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui. » (Jn 7,5). Et vous vous rappelez que Jésus n’hésite pas à dire à ses disciples que l’une des conditions de pour le suivre est l’acceptation de possibles déchirures familiales : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14,26). Le feu allumé par Jésus conduit à des choix radicaux et encore aujourd’hui beaucoup d’entre nous expérimentent que le choix du Christ conduit à l’incompréhension voir au rejet, à la division, y compris avec les membres de sa propre famille.

Pourtant, si le peuple attendait un Messie, ce n’était évidemment pas pour qu’il apporte guerres et divisions, déjà  bien trop présentes dans le monde ; au contraire, on comptait bien sur lui pour apporter enfin la paix au monde. Les juifs connaissent par cœur, par exemple, les magnifiques prophéties d’Isaïe : « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on ne s’entraînera plus pour la guerre. » (Is 2). + Noël + Benedictus : “pour conduire nos pas au chemin de la paix….”

Si Jésus est bien le Messie promis, on est donc en droit d’attendre la réalisation de ces promesses-là, le don de la Paix. Mais Jésus annonce au contraire des divisions aggravées apparemment : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. »…

Oui il est venu accomplir ces promesses de paix mais cette paix ne se réalise pas dans le monde par un coup de baguette magique. Elle demande une radicale conversion du cœur de l’homme ; et c’est à cette conversion que beaucoup s’opposeront et continuent de s’opposer de toutes leur forces ; le jour de la Présentation de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem, Syméon l’avait bien annoncé : « Il est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté… ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs. » (Lc 2,34-35).

Mais frères et sœurs, à tous ceux qui croient à lui, Jésus promet pourtant dès maintenant la paix et on le rappelle à chaque eucharistie après le Notre Père. Dans l’évangile de saint Jean il dit : “Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. (…)Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde.” La paix que Jésus donne ce n’est pas la tranquillité ou la vie sans épreuve et conflits, mais c’est la paix du cœur, celle qui est donnée par Dieu à l’intérieur du combat. Ce n’est pas la paix du monde, mais la paix qui est donnée lorsqu’on choisit de suivre Jésus, Chemin, Vérité et Vie. Elle est le fruit de la foi en Jésus, vainqueur du mal et de la mort. Elle est un don de l’Esprit Saint.

Alors je vous invite tout en l’heure, en vous donnant les uns aux autres cette paix du Christ, à prendre conscience de ce don que Dieu vous fait et à l’accueillir dans la confiance au cœur du combat qui est le vôtre et qui fait nécessairement partie de votre vie chrétienne, de votre vie à la suite de Jésus. Amen