Nouveau Chemin de Croix : découvrez une interview du peintre

3 questions au peintre Bruno Desroche

 

1- Brièvement, quel est le parcours professionnel et spirituel qui t’a amené à ce projet ?

“Après ma formation à l’école Emile Cohl de Lyon, j’ai mené de front une carrière de peintre depuis 2001, et de professeur de dessin académique dans cette même école durant ces 10 dernières années. Je butais sur cette question : que peindre, et pourquoi ? Je souhaitais que ma peinture prenne plus de profondeur, qu’elle porte à réfléchir, à méditer. La représentation de scènes de l’évangile s’est imposée à moi. Aujourd’hui, je vois ce travail comme un appel à utiliser un talent pour la Gloire de Dieu.”


2- Peux-tu nous en dire plus sur ta série peinte (technique, modèles…), et décris-nous rapidement sa spécificité.

“Je peins sur des panneaux de bois, que je prépare selon des techniques ancestrales, avec la succession de 7 couches d’enduit naturel. J’utilise une peinture à l’huile d’excellente qualité, que je travaille avec une technique de glacis successifs, qui sont de très fines couches de peinture transparente . Cette technique, abandonnée au XIXè siècle, et qui demande des semaines de travail pour chaque tableau, lui confère aussi une belle profondeur, et un réalisme qui donne sa force à l’image.

J’ai proposé à mes élèves de poser dans des tableaux vivants, mettant en scène la Passion du Christ. Jésus et sa mère sont tels qu’on les connaît, c’est à dire vêtus comme à l’époque de l’Incarnation. Les bourreaux et les dévôts qui assistent à la scène, sont à la mode d’aujourd’hui, avec jeans et téléphone portable. En effet, Jésus se manifeste dans notre quotidien et vient à notre rencontre tels que nous sommes.

Nous avons vécu ensemble une expérience collective très forte, avec des jeunes issus de tous horizons spirituels, à qui j’ai raconté avec passion la scène dont ils allaient être les acteurs. Ils se sont montrés magnifiquement généreux et justes dans leur jeu.”


3-  Quels objectifs t’es-tu fixés et lequel te tient le plus à cœur ?  Quel but profond recherches-tu avec ce chemin de croix?

“Ce qui me touche profondément durant mes longues journées de peinture qui sont des journées de méditation et de travail, c’est de rapprocher dans une même image le Corps du Christ martyrisé du corps de mes contemporains. Dans une société du tout image, je veux que mes images mettent en scène cette rencontre, deviennent comme une prière préfigurant ce qui adviendra tôt ou tard: la communion du corps du Christ avec le corps de chacun d’entre nous.

Ce choc des époques et des personnages, n’a pas pour but de choquer mais est au contraire d’une grande banalité au regard de l’histoire de l’art (voir les peintres Mantegna, Bruegel, Caravage, etc…) interpellera je l’espère les visiteurs de l’église St Nizier, les poussant à se demander comme je le fais : « de quel côté je me situerais si j’assistais à ce lynchage ? Bourreau ou pleurant ? Ou ne serais-je pas alternativement l’un puis l’autre ? » Comme le disait avec émotion une personne qui découvrait  il y a quelques jours la série des 14 stations en cours de finition : « Mais c’est nous, c’est nous !… ». Alors, si le Bon Dieu pouvait utiliser mes tableaux pour toucher leur cœur, et se manifester à eux, ce serait magnifique !”

 

Propos recueillis par Maëlle de Portzamparc