Qui sera sauvé ?

Retrouvez l’homélie du dimanche 25 août, par le père Nathanaël


 

La question du salut est importante, travaille les cœurs, inquiète parfois :

est ce que tout le monde sera sauvé ?

qui sera sauvé ?

est ce que tel ou tel de ma famille, amis, qui ne croit pas, d’une autre religion, qui a laissé tomber la foi peut-être, sera sauvé ? …

Cette question du salut ne doit pas être source d’angoisse et de peur mais je crois que c’est bien que cette question nous travaille, ne nous laisse pas en repos, nous bouscule… Il n’y a rien de pire que la perte de conscience que notre vie sur la terre a un enjeu… Cet enjeu c’est d’être sauvé, c’est d’entrer dans le Royaume de Dieu, non pas après notre mort mais dès ici-bas avant qu’il ne soit trop tard… Cet enjeu c’est de façonner sur la terre ce que sera notre vie après la mort, et il n’y a pas 36 options. Ou bien la vie éternelle avec Dieu et ses anges, qu’on appelle le ciel ou bien le refus éternel de Dieu avec Satan et ses démons, qu’on appelle l’enfer. Donc l’enjeu de notre vie sur la terre est grand, c’est une question de vie ou de mort. Le Seigneur le dit dans le Deutéronome : “aujourd’hui je mets devant toi la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur, choisis donc la vie !”

C’est vrai qu’on ne parle pas beaucoup de ces questions, du salut, du ciel, de l’enfer, ce qu’on appelle les fins dernières, et pourtant c’est essentiel. Notre vie sur la terre est sérieuse, ça ne veut pas dire qu’on doit être triste, angoissé, qu’on ne peut pas rire et faire la fête, évidemment… mais on n’est pas d’abord sur la terre pour s’éclater… mais pour se préparer à entrer au Ciel, dans le Royaume et y entrer dès maintenant par nos choix et nos manières de vivre. Notre vie sur la terre nous est donnée pour façonner notre visage d’éternité.

 

Par rapport à cette question importante du salut, je crois qu’il faut éviter deux écueils, qui sont 2 extrêmes, et que la juste réponse, la juste attitude, se trouve sur une ligne de crête étroite entre ces 2 écueils, ces 2 fausses conceptions du salut et donc de Dieu. Et qui dit ligne de crête dit position instable, dit vigilance… d’où le fait que cette question du salut doit nous maintenir en éveil, ne pas nous laisser en repos, bien installé dans une fausse sécurité… Si on est bien installé, il y a des chances que l’on soit tombé dans l’un de ces 2 écueils.

– Le premier écueil : le salut automatique

Pensée qui consiste à dire que quoiqu’il arrive on sera tous sauvés… Fameuse chanson de Polnareff : “on ira tous au paradis même moi”…

Moi j’ai l’impression d’avoir entendu ça toute mon enfance, au caté ou dans les homélies : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… Et puis de toute façon Dieu est amour donc il fera entrer au ciel tous les hommes même ceux qui toute leur vie n’en ont pas voulu de ce ciel !… Vous voyez comme si l’homme n’avait pas le choix, le ciel lui serait imposer parce que ce n’est pas envisageable que tout le monde ne soit pas là…

Ou alors, pour quand même faire droit au choix de l’homme, on vous explique que chacun après sa mort arriverait devant Dieu, et Dieu lui demanderait, comme une dernière chance vous voyez, est ce que tu veux aller au ciel ou en enfer ? Et que forcément devant Dieu, n’ayant plus la possibilité de nier son existence, tout le monde choisirait le ciel, parce que c’est quand même pas très drôle d’aller en enfer… Donc on ira tous au paradis, même moi !

  1. a) Alors ce qu’il y a de vrai dans cette pensée : Dieu est amour, veut que tous soient sauvés. Il a donné sa vie pour tous, “mon sang versé pour la multitude”. Cf la Parole de Dieu… Dieu fait tout pour que les hommes soient sauvés… il saisit la moindre ouverture… et il le fait jusqu’au bout : le meilleur exemple c’est le bon larron.
  2. b) Ce qui est faux dans cette pensée : c’est de déresponsabiliser l’homme, comme si les choix, la vie sur la terre n’avaient aucune importance… C’est qui est faux c’est de nier la possibilité pour la créature de rejeter son créateur et ce définitivement et jusqu’au bout. Evidemment c’est dramatique et Dieu ne veut pas cela, mais c’est possible : cf Satan, démons… Ce qui est faux c’est d’imposer le ciel, parce qu’alors Dieu ne serait plus amour. Le propre de l’amour c’est de laisser l’autre libre d’aimer ou non en retour. Si j’oblige celui qui m’aime à m’aimer en retour ce n’est plus de l’amour. Donc Dieu veut que tous soient sauvés mais il n’impose pas ce salut : l’homme doit choisir le salut et cette possibilité lui est offerte tout au long de sa vie sur la terre, jusqu’au bout… Par contre une fois que l’on est mort c’est terminé, il n’y a plus de choix possible, c’est cela que montre l’évangile d’aujourd’hui : une fois que la porte est fermée on ne peut plus entrer. Il est faux de penser qu’après notre mort notre âme aurait un choix ultime à faire. Lorsqu’on est mort, il y a ce qu’on appelle le jugement particulier de Dieu sur chacun, mais c’est Dieu qui juge et nous montre quel est notre éternité, de quel côté nous sommes. Invitation à relire Mathieu chap 25.

Donc oui nous avons un choix mais ce choix il se fait pendant notre vie et jusqu’à la porte de notre mort… mais une fois qu’on est mort c’est fini !

Réactions : et si on a commis un péché grave juste avant de mourir ?

* cf curé d’ars

* à quel moment est-on mort ?

 

– Le deuxième écueil : le salut pour une élite à la force du poignet.

C’est la pensée qui consiste à dire qu’il n’y aura qu’un petit nombre de sauvés, uniquement ceux qui auront mérité le salut par la discipline extrême de leur vie, par leur héroïsme vertueux… Et que donc la plus grande masse des hommes sera damnée. Ainsi donc surtout l’enjeu c’est d’être au nombre des élus et surtout de se couper de ce monde qui est mauvais et de gagner son ciel à la force du poignet.

Et on voit bien comment l’évangile d’aujourd’hui peut alimenter cette manière de penser si on l’isole des autres paroles de Jésus, de l’ensemble de la Bible, et si on l’interprète en dehors de la Tradition de l’Eglise qui depuis 2000 ans a essayé d’entrer dans ce mystère du salut.

Cf le courant janséniste ; les témoins de Jéhovah : 144 000 sauvés !

  1. a) Ce qui est vrai dans cet écueil : le salut dépend aussi de nous et nous avons une responsabilité. Dieu nous a donné une liberté pur que nous choisissions la vie, le salut. Comme le dit saint Augustin : “Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi”.

C’est le sens de cette parole de Jésus aujourd’hui : “Efforcez vous d’entrer par la porte étroite”. L’homme a sa part, il doit sur la terre entrer dans le salut, par ses choix, sa manière de vivre. Ton salut n’est pas imposé par Dieu, il veut que tu lui dises oui et ailles à lui par amour !

Et Jésus averti aujourd’hui : il ne suffit pas de dire “on a mangé et bu en ta présence, tu nous as enseigné” … aujourd’hui : “on est allé à la messe le dimanche” … Encore faut il commettre la justice. Ceux qui ne sont pas entrés dans le Royaume sont ceux qui ont commis l’injustice. La justice dans la Bible, c’est faire ce qui est ajusté à Dieu.

  1. b) Mais ce qui est faux dans cet écueil : c’est de penser que l’on mérite le ciel par nous mêmes, par notre seule volonté. Certains hommes seraient super fort, et seraient sauvés et tous les autres trop faibles pour pouvoir être sauvés. Oui il y a un effort à fournir et même il y a à mériter le ciel, mais tout cela c’est encore le fruit de la grâce de Dieu, de l’action de Dieu en nous. Cf préface de la fête des saints, on dit à Dieu : “lorsque tu couronnes leur mérites tu couronnes tes propres dons”. Si nous pouvons entrer dans le royaume par nos efforts et par nos mérites ce sera le signe que Dieu agit en nous, nous fait le don de pouvoir y entrer. Tout est donné par lui et l’enjeu de notre vie et de laisser Dieu agir en nous, comme Marie, de consentir à l’œuvre de la grâce en nous.

Ce qui est faux dans cet écueil aussi c’est de croire que le salut n’est que pour un petit nombre d’élus, qu’il n’est pas pour tous, que Dieu ne veut pas du salut de tous. Dans la pensée janséniste ce n’est pas la porte qui est étroite mais le cœur de Dieu qui est étroit. Non, il y aura des multitudes dans le ciel et la parole de Dieu d’aujourd’hui nous le dit : cf 1ère lecture : Isaïe voit toutes les nations affluer vers Jérusalem… Et Jésus dans l’évangile dit : “on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place dans festin dans le royaume de Dieu”.

Donc il y a de la place pour tous et Dieu veut que tous les hommes soient dans son Royaume, mais si quelqu’un ne veut pas entrer, se ferme totalement durant sa vie sur la terre à l’action de Dieu en lui, il n’entrera pas.

Et cette action de Dieu peut être invisible ! voilà l’espérance pour tous ceux qui ne connaissent pas Jésus et sa miséricorde. Rappelez vous le jugement dernier en Mt 25 : “Alors le Roi dira à ceux de droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront: Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir? Et le Roi leur fera cette réponse : En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Mt 25,34-40). On peut s’ouvrir à Dieu et son amour même sans le connaître, même sans savoir qu’en faisant le bien on entre dans son Royaume.

Voilà frères et sœurs la ligne de crête sur laquelle il me semble nous devons nous tenir : Dieu est infini miséricorde, il veut le salut de tous ses enfants et il fait tout, dans la vie de chacun, pour que chaque créature s’ouvre à son Amour. Et en même temps Dieu ne nous sauvera pas contre nous et sans nous : nous devons collaborer à notre salut, faire des efforts pour nous convertir, correspondre davantage à la justice du Royaume.

Alors si vous êtes plutôt dans le premier écueil, installé dans la certitude “de toute façon on ira tous au paradis” donc pas de stress, ne faisons pas trop d’effort, restons confortablement dans nos péchés, je suis quand même pas si mal Seigneur… peut être aujourd’hui laissez vous bousculer et réveiller par le Seigneur qui attend votre collaboration.

Si au contraire, vous êtes complètement angoissé par votre salut, celui de l’humanité, déprimés par l’état du monde, dans un scrupule extrême par rapport à vos péchés, doutant de la bonté de Dieu et de son infinie miséricorde, laissez le Seigneur vous redire aujourd’hui qu’il est infiniment bon, que son Amour a déjà triomphé, renouvelez votre confiance en lui.

Pour terminer je vous laisse avec deux citations de sainte Thérèse de Lisieux qui je pense est parfaitement sur cette ligne de crête :

“Moi si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent”

Peu de temps avant sa mort, elle évoque le moment de sa conversion : “J’ai pensé aujourd’hui à ma vie passée, à l’acte de courage que j’avais fait autrefois à Noël ! [“En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, il me rendit forte et courageuse”. “Je sentis, en un mot, la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse”. Thérèse s’est trouvée délivrée de son repli sur soi. “Et la louange adressée à Judith m’est revenue à la mémoire : “Vous avez agi avec un courage viril et votre cœur s’est fortifié”. Bien des âmes disent : mais je n’ai pas la force d’accomplir tel sacrifice. Qu’elles fassent donc ce que j’ai fait : un grand effort ! Le bon Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d’agir ; après cela, le cœur se fortifie et l’on va de victoires en victoires”.