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Homélie : Seigneur, il est bon que nous soyons ici !

Homélie : Avec les mages, lever les yeux, se mettre en route et s’offrir

Homélie du dimanche 5 janvier 2020 – solennité de l’épiphanie du Seigneur – par le père Nathanaël.

Avec les mages, lever les yeux, se mettre en route et s’offrir

(inspirée de l’homélie du pape François pour l’épiphanie 2018)

Aujourd’hui nous fêtons donc l’épiphanie : c’est un mot grec qui veut dire la manifestation. Non pas la démonstration de force dans la rue pour revendiquer des choses… Pas cette manifestation là, mais la manifestation qui est la révélation d’un grand mystère qui devient visible pour tous. Ce grand mystère qui est révélé, qui est rendu visible aujourd’hui, c’est ce qu’a dit saint Paul dans la deuxième lecture que l’on a entendue : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus ». Avant l’avènement de Jésus le monde était coupé en deux. Il y avait d’un côté le peuple juif et de l’autre les païens, toutes les autres nations. C’est au peuple juif seul qu’était destinée la bénédiction promise par Dieu à Abraham : il était le peuple de Dieu et lui seul pouvait revendiquait l’héritage, le salut, la vie éternelle avec son Dieu. Les nations, elles, étaient en dehors de la promesse, exclues de la connaissance et de la vie avec Dieu. Saint Paul qui a été ébloui par la lumière de Jésus a compris que par la venue de Jésus dans ce monde, ce mur de la haine qui séparait juifs et païens est tombé. Dans le Christ, tous, les juifs et les nations, sont associés au même héritage, ils deviennent membres d’un même corps, le corps du Christ c’est à dire l’Eglise. Le salut, la vie éternelle est pour tous.

Où est ce que ce mystère a été manifesté ; où est-il apparu aux yeux du monde ? Et bien précisément dans la crèche, dans ce petit enfant blotti dans les bras de sa mère, ce petit enfant aux pieds duquel les mages viennent se prosterner aujourd’hui. Les mages viennent d’Orient, ils ne sont pas juifs. Ils symbolisent toutes les nations qui viennent se prosterner aux pieds de Jésus et qui reconnaissent en Lui le Sauveur de tous les hommes. Ce sont des mages, c’est à dire des savants qui recherchent la sagesse à travers la contemplation du monde, la philosophie et la spiritualité. La tradition en a fait des rois, les fameux rois-mages, venus des 3 continents connus à l’époque : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Car la tradition a vu dans cette venue des mages l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe qu’on a entendu en première lecture et qui disait : « les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore […]. Vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront de Madiane et d’Epha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens. » Et on y a vu aussi l’accomplissement des paroles du psaume que l’on a entendu. C’est ainsi qu’on a fait des mages de l’évangile des rois, et que les chameaux sont apparus dans les crèches…

Mais revenons à ce mystère manifesté aujourd’hui : Jésus est le Sauveur de tous les hommes sans exception, juif ou païen. Il est donc le Sauveur de chacun d’entre vous qui êtes là ce matin. Pour entrer dans ce mystère de l’épiphanie, pour recevoir ce salut, vous êtes invités comme les mages à entrer dans cette crèche, à vous approcher de ce roi et à vous prosterner devant lui. Alors, pour que vous puissiez faire cette même expérience qu’eux, je vous propose de reprendre simplement trois étapes de leur cheminement qui peuvent aussi être les vôtres.

1ère étape : Lever les yeux

Ce qui a conduit les mages à Jésus c’est cette fameuse étoile. Pourquoi les Mages ont-ils vu l’étoile ? Parce qu’ils ont levé le regard vers le ciel, et en levant les yeux vers le ciel ils ont été capables de voir le signe que Dieu leur donnait. Vous aussi, pour trouver Jésus, vous êtes appelés à lever les yeux vers le ciel. Souvent, dans la vie on se contente de regarder vers la terre : on pense que la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Mais est-ce que l’on sait encore lever le regard vers le ciel ? Est ce que l’on désire Dieu, est-ce qu’on le recherche, est-ce qu’on attend son action dans notre vie ? Les Mages ne se sont pas contentés de leur petite vie. Ils voulaient vivre vraiment, ils recherchaient un but élevé et pour cela ils avaient les yeux levés.

L’étoile qu’ont vu les mages n’était sans doute pas éblouissante, elle ne brillait pas plus que les autres, sinon tous l’auraient vue. Les signes que Dieu donnent n’aveuglent pas, ils sont une invitation douce et discrète. Alors vous pouvez vous demander quelle étoile vous choisissez dans la vie. Il y a les étoiles éblouissantes qui créent des émotions fortes mais qui ne conduisent pas vers un but élevé. C’est par exemple le succès, l’argent, la carrière, les honneurs, la succession des plaisirs recherchés comme but de l’existence. Mais comme le dit le pape François, « ce sont des météores : ils brillent un peu mais ils tombent vite et leur lueur disparaît. Ce sont des étoiles filantes qui désorientent au lieu d’orienter. L’étoile du Seigneur, au contraire, n’est pas toujours fulgurante, mais toujours présente ; elle est douce : elle te prend par la main dans la vie, elle t’accompagne. Elle ne promet pas de récompenses matérielles, mais elle assure la paix et donne, comme aux Mages, « une très grande joie » (Mt 2, 10) ». Il y a notamment deux étoiles, deux grands signes il me semble que Dieu vous donne pour orienter votre marche vers lui : Il y a la création d’abord : en contemplant sa beauté on peut désirer trouver son créateur et se laisser conduire à lui. Et puis il y a la parole de Dieu, la Bible : en la lisant, en se laissant toucher par elle, on peut désirer trouver son auteur et se laisser conduire à lui.

2ème étape : Se mettre en route

Cette deuxième action des Mages est essentielle pour trouver Jésus. L’étoile de Dieu, les signes qu’ils donnent, vous appelle à décider de vous mettre en route, d’accepter d’être dérangé, d’accepter la fatigue de la marche ; Comme le dit le pape François, « elle demande de se libérer des poids inutiles et des fastes encombrants qui entravent, et d’accepter les imprévus qui apparaissent sur la carte de la vie tranquille. Jésus se laisse trouver par qui le cherche, mais pour le chercher il faut bouger, sortir. Ne pas attendre ; risquer. Ne pas rester immobile ; avancer. Jésus est exigeant : il propose à celui qui le cherche de quitter le fauteuil du confort mondain et les tiédeurs rassurantes de nos cheminées. Suivre Jésus n’est pas un protocole poli à respecter mais un exode à vivre. (…) Pour trouver Jésus il faut abandonner la peur de se mettre en jeu, la satisfaction de se sentir arrivé, la paresse de ne plus rien demander à la vie. Il faut risquer, simplement pour rencontrer un Enfant. Mais cela en vaut immensément la peine, car en trouvant cet Enfant, en découvrant sa tendresse et son amour, nous nous retrouvons nous-mêmes ».

Ce n’est pas facile de bouger, de se mettre en route. Parce qu’il y a des obstacles… L’Evangile nous le montre : Hérode a peur que la naissance d’un roi menace son pouvoir. Il envoie les mages recueillir des informations ; « mais lui ne bouge pas, il reste enfermé dans son palais. « Tout Jérusalem » (v. 3) aussi est bouleversé : les gens ont peur de la nouveauté de Dieu et préfèrent que tout reste comme avant. Et personne n’a le courage de suivre les mages pour aller voir Jésus. Il y a aussi les prêtres et les scribes. Ils connaissent le lieu exact de naissance du messie, ils l’indiquent à Hérode, en citant la Bible. Ils savent, ils connaissent la parole de Dieu, mais ils ne font pas un pas vers Bethléem. Pour le pape François, « ce peut être la tentation de celui qui est croyant depuis longtemps : il disserte sur la foi, comme d’une chose qu’il sait déjà mais il ne se met pas en jeu personnellement pour le Seigneur. On parle mais on ne prie pas ; on se lamente mais on ne fait pas de bien ». Peut-être il y a aussi des peurs en vous, peurs de la nouveauté que Dieu pourrait introduire dans vos vies, résistance à être bousculés, difficultés à s’engager, à se dépenser, à se fatiguer pour trouver Dieu, pour vous approcher plus de lui. C’est peut-être aujourd’hui le moment de présenter ces peurs et ces tentations à Jésus et lui demander la grâce de vous mettre en route, de faire un pas de plus, de prendre un engagement, d’oser vous déplacer, de retrouver le désir de Dieu qui met en route, qui fait sortir et risquer.

 

3ème étape : S’offrir

Quand les mages arrivent à Jésus ils offrent leurs biens précieux : l’or, l’encens et la myrrhe. Le but du chemin de foi c’est la rencontre avec Jésus et la rencontre avec Jésus a pour conséquence le don, le don de soi. Lorsqu’on a rencontré Jésus, on réalise qu’il est le seul qui mérite vraiment la première place dans la vie, le seul qui mérite notre adoration, le seul qui mérite que l’on s’offre à lui. Celui qui a trouvé Jésus n’a pas peur de lui donner sa vie, de lui remettre le volant de sa voiture car il a trouvé Celui qui donne sens à l’existence, Celui qui conduit au bonheur véritable. Et le fait de se donner à Jésus, de s’offrir à lui transforme l’existence en une vie de don de soi aussi aux autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont indissociables. Je cite encore le pape François :  » L’Evangile se réalise quand le chemin de la vie parvient au don. Donner gratuitement, pour le Seigneur, sans s’attendre à quelque chose en retour : voilà le signe certain d’avoir trouvé Jésus qui dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Faire le bien sans calcul, même si personne nous le demande, même si l’on n’y gagne rien, même si cela ne nous fait pas plaisir. Dieu désire cela. Lui, se faisant petit pour nous, nous demande d’offrir quelque chose pour ses frères les plus petits. Qui sont-ils ? Ils sont justement ceux qui n’ont rien à rendre, comme celui qui se trouve dans le besoin, l’affamé, l’étranger, le prisonnier, le pauvre (cf. Mt 25, 31-46). Offrir un don gratuit à Jésus c’est soigner un malade, donner du temps à une personne difficile, aider quelqu’un qui ne présente pas d’intérêt, offrir le pardon à qui nous a offensé ».

Alors frères et sœurs, aujourd’hui si comme les mages vous voulez rencontrer Jésus ou renouveler votre rencontre avec lui, si vous voulez entrer dans la crèche, vous êtes invités aussi à offrir quelque chose à Jésus. Qu’allez-vous lui offrir ? Peut-être dans ce temps de silence que nous allons prendre maintenant, ceux qui le veulent, ceux qui en sont là dans leur cheminement de foi, peuvent donner ou redonner quelque chose à Jésus : leur vie, rechoisir leur vocation, prendre ou reprendre une décision par rapport à Dieu et aux autres : donner du temps, de ses biens, donner se relations, décider d’un acte gratuit pour un plus petit, décider de s’engager dans un service, une mission, …

Seigneur aujourd’hui nous te demandons la grâce de faire le même chemin que les mages pour entrer nous aussi dans la manifestation de ton mystère et recevoir le salut gratuit que tu nous offres : que nous puissions lever les yeux, nous mettre en route et nous offrir. Amen

Homélie : Désirez la vie éternelle !

Homélie du dimanche 10 novembre 2019, messe de 10h30, par le père Nathanaël.

« Désirez la vie éternelle »

 

Sondage en 2007 : seulement 58 % des personnes se déclarant catholiques croient en la résurrection du Christ, 10 % en la résurrection des morts ! Même parmi les pratiquants, un tiers se dit sceptique face à la résurrection de Jésus.

Dans l’évangile que l’on vient d’entendre, Jésus est confronté à des juifs, les saducéens, qui ne croient pas non plus en la résurrection. Pas d’aujourd’hui !

Pour les juifs du temps de Jésus on peut comprendre que ce soit difficile mais pour des chrétiens ce n’est pas possible de nier la résurrection, et d’en faire quelque chose d’optionnel dans la foi. Saint Paul est clair dans 1Co 15 :  » si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi; vous êtes encore dans vos péchés. Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. »

Les saducéens auxquels Jésus est confronté niaient la résurrection. Ils n’admettaient que l’autorité des 5 premiers livres de la Bible et donc ne reconnaissaient pas pour parole de Dieu par exemple le livre des Maccabées qu’on a entendu dans la première lecture et qui parle explicitement de la foi en la résurrection.

Pour montrer à tous l’absurdité de cette croyance en la résurrection, les sadducéens présentent à Jésus le cas d’une femme qui épouse 7 frères qui décèdent l’un après l’autre, sans leur laisser de descendance. Ils font référence à la loi de Moïse, qu’on appelle la loi du lévirat (Dt 25,5) : cette loi décrétait que tout homme devait épouser la femme de son frère si celui-ci mourait sans enfants, afin de donner une descendance au défunt. Ce qui était important c’était de laisser une trace sur la terre, une descendance.

Ils prennent ainsi un cas compliqué pour pousser à l’absurde la croyance en la résurrection. De qui cette femme sera-t-elle donc l’épouse dans une vie future si tous les frères ont été son mari en cette vie ?

Mais Jésus ne tombe pas dans le piège et réaffirme la vérité de la résurrection. Il explique que l’existence après la mort sera différente de l’existence sur la terre. Il fait comprendre qu’il n’est pas possible d’appliquer les catégories de ce monde aux réalités qui vont au-delà et qui sont plus grandes que ce que nous voyons en cette vie.

« Les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari ; mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari » (vv. 34-35).

Jésus explique que dans ce monde, nous vivons de réalités provisoires, qui finissent ; mais dans l’au-delà, après la résurrection, nous n’aurons plus la mort comme horizon et nous vivrons tout, également les liens humains, dans la dimension de Dieu, de façon transfigurée. Nous serons totalement plongés dans la communion d’amour qu’est Dieu lui-même. Nous serons semblables aux anges, au sens où nous vivrons éternellement et totalement comblés par la contemplation de Dieu et la communion d’amour avec lui et avec nos frères et sœurs.

De la parole de Dieu de ce jour, je vous propose de garder 2 messages : 1) Redites-vous que l’horizon de votre foi c’est la vie éternelle. 2) Relativisez votre situation présente, éphémère, en fonction de cette vie éternelle.

 

  1. I) L’horizon de votre foi c’est la vie éternelle
  2. croire -> mettre son nom dans le nom de Dieu.

Jésus répond aux saducéens, en faisant référence à l’Ecriture : Il cite Exode 3,6, ça fait partie des livres qu’ils reconnaissent. Ca ne parle pas directement de la résurrection mais de Dieu ; « Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : ‘le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui ».

Si Dieu est un Dieu vivant et se définit comme « Dieu d’ Abraham, d’Isaac, et de Jacob »  alors, cela veut-il dire que Abraham, Isaac et Jacob vivent quelque part, même si au moment où Dieu parle à Moïse, ils sont morts depuis des siècles. Dieu n’est pas Dieu des morts. Si Dieu est Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, cela signifie qu’ils sont vivants.

Croire c’est inscrire son Nom dans le nom de Dieu. Dieu se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, car Abraham, Isaac, Jacob ont cru en lui. Celui qui croit en Dieu, est inscrit dans le nom même de Dieu, Il participe à la vie de Dieu, il vit pour toujours. Pour nous c’est pareil, par la foi, par le baptême, nous avons inscrits nos noms dans celui de Dieu. Dieu peut dire alors je suis le Dieu de… Et celui qui appartient au nom de Dieu ne peut pas disparaître, il appartient au Dieu vivant. Même s’il meurt, il est toujours vivant.

  1. baptême : déjà vie éternelle, déjà ressuscités

que demandez-vous à l’église de Dieu ? la foi. Que vous donne la foi ? La vie éternelle.

Baptême : être plongé, être noyé. Etre baptisé = Mourir et Ressusciter. Morts au péché, vivant de la vie de Dieu -> devient fils et filles de Dieu, enfants de la Résurrection => si bien que la mort que nous allons vivre un jour n’est qu’un passage de ce monde à l’autre. Nous sommes déjà morts le jour de notre baptême en fait et déjà re-nés. Le baptême est la vraie mort et la vraie renaissance à la vie éternelle.

  1. Vie éternelle, ce n’est pas la perpétuité :

Benoit XVI, Spe salvi : « Voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement? Peut-être aujourd’hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle. Continuer à vivre éternellement – sans fin – apparaît plus comme une condamnation que comme un don. Bien sûr, on voudrait renvoyer la mort le plus loin possible. Mais vivre toujours, sans fin – en définitive, cela peut être seulement ennuyeux et en fin de compte insupportable.

Il y a clairement une contradiction dans notre attitude : D’une part, nous ne voulons pas mourir; surtout celui qui nous aime ne veut pas que nous mourions. D’autre part, il est vrai que nous ne désirons pas non plus continuer à exister de manière illimitée, et même la terre n’a pas été créée dans cette perspective. Alors, que voulons-nous vraiment? Ce paradoxe de notre propre attitude suscite une question plus profonde: qu’est-ce en réalité que la « vie »? Et que signifie véritablement « éternité »?

Saint Augustin écrivit un jour: « dans le fond, nous voulons une seule chose – « la vie bienheureuse », la vie qui est simplement vie, simplement « bonheur ». En fin de compte, nous ne demandons rien d’autre dans la prière. Nous ne marchons vers rien d’autre – c’est de cela seulement qu’il s’agit. Mais ensuite, Augustin ajoute : en regardant mieux, nous ne savons pas de fait ce qu’en définitive nous désirons, ce que nous voudrions précisément. Nous ne connaissons pas cette « vraie vie »; et cependant, nous savons qu’il doit exister un quelque chose que nous ne connaissons pas et vers lequel nous nous sentons poussés ».

Nous désirons en quelque sorte la vie elle-même, la vraie vie, qui ne finisse pas par être atteinte par la mort; mais, en même temps, nous ne connaissons pas ce vers quoi nous nous sentons poussés.

L’expression « vie éternelle » cherche à donner un nom à cette réalité à la fois connue et inconnue. Il s’agit nécessairement d’une expression insuffisante, qui crée la confusion. En effet, « éternel » suscite en nous l’idée de l’interminable, et cela nous fait peur; « vie » nous fait penser à la vie que nous connaissons, que nous aimons et que nous ne voulons pas perdre et qui est cependant, en même temps, plus faite de fatigue que de satisfaction, de sorte que, tandis que d’un côté nous la désirons, de l’autre nous ne la voulons pas. Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l’éternité n’est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s’agirait du moment de l’immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie. C’est ainsi que Jésus l’exprime dans Jean: « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (16, 22) ».

L’éternité ce n’est pas la perpétuité mais l’immersion toujours nouvelle dans l’amour, comme un instant où on est rempli de joie parfaite.

 

  1. Changez votre regard sur la mort qui peut faire peur : « je ne meurs pas, j’entre dans la vie » (Sainte Thérèse de Lisieux)

 

  1. II) Relativisez votre situation présente, éphémère, en fonction de la vie éternelle
  2. horizon immédiat : souvent notre bonheur terrestre.

Marie à Bernadette à Lourdes : je ne te promets pas le bonheur de ce monde mais de l’autre

selon quelle perspective est-ce que je regarde ma vie: possession, succès, réussite dans cette vie, la trace que je vais laisser ? ou bien selon la perspective de la vie éternelle : est ce que je vis cette vie sur la terre en vue du ciel, pour être jugé digne d’avoir part à la résurrection ? Suis-je prêt à renoncer au bonheur de ce monde pour ne pas manquer d’entrer dans le bonheur de l’autre ?

  1. célibat non choisi : souffrance terrible dont on ne parle pas beaucoup. Pas question de nier cette souffrance ; mariage réalité provisoire => perspective du mariage n’est pas le critère absolu pour juger de la réussite d’une vie. Le mariage n’est qu’une réalité de ce monde. L’enjeu de notre vie sur la terre est d’abord la relation avec celui qui est l’Amour même, Dieu.

célibat consacré = 1 signe : Dieu seul comble le cœur de l’homme. Dieu seul suffit.

  1. Croire en la résurrection de la chair ne change pas seulement le moment de notre mort, mais change notre vie : Dans une Audience générale le Pape François a dit ceci : « Si nous étions capables d’avoir cette réalité plus présente à nous, nous serions moins fatigués par la vie quotidienne, moins prisonniers de l’éphémère et plus disposés à marcher avec un cœur de miséricorde sur le chemin du salut ». Dieu « restituera vraiment la vie à notre corps en le réunissant à l’âme… Nos corps seront transfigurés en corps glorieux. Ceci n’est pas un mensonge ! (…) Nous sommes en chemin vers la résurrection. Voir Jésus, rencontrer Jésus : c’est notre joie, c’est notre destin ! »

Frères et sœurs, beaucoup d’hommes s’imaginent que leur vie est comme une phrase et que la mort en est le point final. Non, la mort n’est qu’une virgule, et la suite de la phrase est bien plus merveilleuse que le début. Nous sommes sur cette terre pour nous préparer au Ciel, nous sommes faits pour le Ciel. Dans le credo nous proclamons chaque dimanche : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». Est ce que vraiment vous attendez la résurrection des morts et la vie du monde à venir ? Non pas une attente passive mais une attente de désir ! Est ce que vous désirez aller au Ciel ? Est ce que le ciel est l’horizon de votre vie sur terre ?

Vous  êtes fait pour voir Dieu et c’est ce désir d’aller au Ciel, de voir Dieu, qui doit orienter fondamentalement votre vie. Qu’est-ce que ça veut dire avoir pour horizon le ciel ? Et bien c’est faire de la sainteté l’objectif, l’ambition de votre vie. Car le ciel c’est la demeure des saints comme on l’a fêté dans la belle fête de la Toussaint. Faites de la sainteté l’ambition de votre vie !

Alors je vous propose cette semaine d’évaluer les choix de votre vie, les petits comme les grands, en fonction de cet objectif de la résurrection. Est ce que ce choix me rapproche du ciel ou m’en éloigne ? Evaluer votre emploi du temps en fonction de cet objectif : y a-t-il une place dans ma journée pour Dieu ? y a-t-il une place pour aimer ? est ce que cette activité, cette relation me fait regarder vers le ciel ou bien détourne mon regard vers la terre ?

Et puis dans cette messe, je vous propose de déposer une peur que vous avez peut-être par rapport à la mort, votre mort, celle des autres. Vous pouvez l’écrire sur un papier, la déposer dans le panier de quête si vous voulez, ou bien la dire au Seigneur dans votre cœur dans le temps de silence qu’on va prendre maintenant. Et puis je vous propose d’aller communier ou recevoir la bénédiction tout à l’heure, en disant au Seigneur votre désir de vivre avec lui pour toujours, d’entrer dans cette vraie vie qu’il vous promet et lui demander la grâce de la désirer de plus en plus.